
Les cadrans solaires au Québec Savez-vous qu'il y a un instrument dont la fonction n'a pas varié depuis la nuit des temps et qui existe toujours aujourd'hui selon son principe immuable? Il s'agit du cadran solaire. Connaissez-vous un organisme qui s'occupe, au Québec, de dénombrer les cadrans solaires, de les décrire, de les cataloguer et d'en diffuser l'information? Il s'agit de la Commission des Cadrans solaires du Québec. Elle regroupe les amateurs de cadrans, les cadraniers (les fabricants) et les gnomonistes (les théoriciens). Savez-vous qu'on dénombre déjà plus de 233 cadrans sur le territoire du Québec, et qu'il est possible de s'en faire une idée et de les découvrir à l'aide de quelques exemples remarquables, tirés de notre catalogue? Alors, pourquoi ne pas en profiter pour en visiter quelques-uns; il y en a dans presque tous les coins du Québec. Et si vous en connaissez, laissez-le savoir à la Commission...
Qu'est-ce qu'un cadran solaire?
Un cadran solaire est un instrument qui indique le temps à l'aide du soleil et d'un indicateur (appelé "gnomon" ou "style"), capable de jeter une ombre ou de projeter un point de lumière sur une surface graduée. Il n'est pas inutile de rappeler quelques idées qui accompagnent l'utilisation de cet instrument. Le temps obtenu (celui du cadran) est appelé temps solaire apparent . Très vite, on se rend compte que ce temps solaire diffère de celui de la montre. Cette différence représente une certaine quantité variable de degrés ou de minutes, connue et nommée équation du temps , causée en partie par la vitesse variable par laquelle la terre voyage sur son trajet autour du soleil, et en partie par le fait que l'axe de la terre est penché de 23,5° par rapport au plan de son orbite. Certes, le temps de la montre nous est très utile, mais il constitue néanmoins un temps artificiel, dit "temps moyen" de ces variations. Pour des raisons nationales, voire strictement commerciales, ce temps est normalement basé sur une zone de temps standard, par exemple, celui de l'heure normale de l'est que l'on connaît bien au Québec. Situé au méridien 75°O. de longitude, il accuse un retard de 5 heures par rapport au méridien d'origine, situé à Greenwich, en Grande-Bretagne. Ainsi quand il est midi à Greenwich, il est 7h00 à Montebello, Qc, ville située exactement sur le méridien central du fuseau horaire, appelé heure normale de l'est (HNE).
À quoi ça sert un cadran solaire aujourd'hui?
Mais quand on me demande: "à quoi sert un cadran solaire?", chaque fois je réponds: " Un cadran solaire ne sert à rien, mais...!", puis je nuance ma réponse en développant une idée toute simple, mais d'une extraordinaire pertinence. Le cadran solaire de nos jours n'est plus une horloge comme autrefois, mais c'est un sujet de réflexion et un outil formidable d'animation.
C'est une manière de prendre conscience de la nécessité de bien définir les relations entre la réalité et ses diverses représentations symboliques. En un mot, le cadran solaire ne sert à rien, sinon à ennoblir l'esprit. Par exemple, n'est-ce pas le cadran solaire qui me permet de prendre conscience qu'une perception intellectuelle du monde et des choses peut être différente et, parfois, à l'inverse de mes propres perceptions intuitives, résultant de l'observation directe, entre autres, de la trajectoire apparente du soleil? Ainsi j'apprends à ne plus voir les choses seulement à travers moi, mais à les imaginer, vues par d'autres et à en tenir compte.
C'est aussi un outil d'animation efficace et polyvalent, car le cadran solaire reste non seulement un merveilleux témoin architectural du passé, mais encore maintenant un symbole d'harmonie entre les astres et les hommes. Il faut voir les jeunes et les moins jeunes s'initier aux principes des cadrans solaires et à leur fabrication, pour comprendre l'engouement qu'ils provoquent, avec des degrés variables de difficultés, du plus simple au plus complexe, selon les âges, les niveaux d'instruction, la dextérité manuelle, et l'amour et le souci du beau. Pour s'initier à l'astronomie, le cadran solaire est merveilleux: il permet l'intégration de notions d'astrophysique et de gnomonique, sans négliger l'apport des mathématiques. Un cadran solaire peut demander beaucoup de calculs et de précision, mais il permet facilement la domestication des ombres sous l'influence du soleil. Un cadran solaire réussi, du plus simple au plus sophistiqué, procure un sentiment de fierté à son auteur. C'est se donner un pouvoir qui n'a jamais cessé de préoccuper les plus fins esprits de toutes les époques.
Pour un objet sans utilité, le cadran solaire conserve un pouvoir d'attraction étonnant, ne pensez-vous pas?
Quelques jalons dans l'histoire
Le cadran solaire remonte à l'origine des civilisations. Sur toute la terre habitée, le retour périodique de l'obscurité, le sommeil quotidien, l'intervalle à peu près régulier qui rythme notre activité ont déterminé la première unité de chronométrie: le jour. C'est le temps qui s'écoule entre deux passages successifs du soleil devant un même repère. C'est un intervalle assez long, qui demande à être subdivisé. La nature l'a partagé en deux moitiés: d'une part, la période pendant laquelle le soleil est au-dessus de l'horizon; d'autre part , la nuit.
Les pays où naquit notre civilisation sont situés sous des latitudes méridionales. Le mouvement du soleil s'y fait dans un plan presque vertical. En effet, si on demande à un Hindou, à un Égyptien d'indiquer d'un geste la marche du soleil, il lancera le bras d'avant en arrière par-dessus la tête. Un Européen ou un Nord-Américain, au contraire, l'aurait lancé horizontalement de gauche à droite. En d'autres termes, dans les pays du Sud, c'est surtout la hauteur du soleil, qui varie au cours de la journée. Dans nos régions, c'est plutôt sa direction.
De là résulte que les anciens cadrans solaires sont basés sur la variation de hauteur de l'astre. Ce n'est que lorsque la culture scientifique gagnera les pays du nord, à la fin du moyen âge, que nous verrons apparaître des cadrans basés sur la direction du soleil. Nous appellerons les premiers: cadrans de hauteur ; les seconds, cadrans de direction .
De ce côté-ci de l'Atlantique, quelle est la situation historique concernant les cadrans solaires? Leur apparition remonte au XVIIe siècle. Aucune trace, jusqu'à maintenant, de leur utilisation chez les Amérindiens du Nord, contrairement aux Incas du Pérou, par exemple. Et dans l'état actuel de nos recherches, les plus vieux cadrans remontent aux années 1660-1670. Ils ont été fabriqués en Europe (en Angleterre, en France ou en Allemagne), à l'intention des militaires, des missionnaires ou des colons venus s'établir en Nouvelle-France. Pour fins de comparaison, le plus ancien cadran, fabriqué pour un résidant des États-Unis, date de 1630, a été fait en Angleterre, et est conservé à Salem, Massachusetts. En Nouvelle-France, la première mention d'un cadran remonte en 1608.
Le cadran de l'ABITATION DE QVEBECQ par Champlain.

De l'île d'Orléans jusqu'à Québec, il y a une lieue et j'y arrivai le 3 juillet (...). Aussitôt j'employai une partie de nos ouvriers à les «noyers» abattre pour y faire notre habitation...
Je fis continuer notre logement qui était de trois corps de logis à deux étages. Chacun contenait trois toises de long et deux de large... Tout autour de nos logements je fis faire une galerie par dehors au second étage, qui était fort commode, avec des fossés de 15 pieds de large et six de profons...
Voici une partie de l'HABITATION DE QVEBECQ construite au pied du Cap-Diament, et réalisée d'après la narration qu'en fait Samuel de Champlain lui-même. Sous le fanion, l'on distingue ce qui devait être le premier cadran solaire à jamais être érigé sur une habitation (place fortifiée) de la colonie.
Par contre, les plus anciens cadrans solaires, fabriqués sur le territoire du Québec, auraient été les suivants: celui de l'Église du Sault-au-Récollet de Montréal daterait de 1751, et celui (disparu) de l'Église Ste-Famille de l'Ile-d'Orléans... peut-être était-il plus ancien, aurait été construit entre 1747 et 1750! Celui du Petit Séminaire de Québec date de 1773 et il est ENCORE accessible au public.
Mais c'est la collection du Musée Stewart de Montréal qui renferme un cadran portatif des plus exceptionnels, de type "Butterfield", (fin du XVII - début du XVIIIe siècle).
|
|
| Cadran de Pierre Le Maire | Le dos du cadran avec les noms de villes |
| Photos: André E. Bouchard (1996) | |
québec 46-45', Montréalle 45-15', Louis bourg 45-40', fort St anne 52-15', Abnakis 45-50' ,lac St jean 49- ,lac Mistassin 52-, Michipicoton 41-45' ,fort Louis 51-50' ,port Royalle 44-10' ,labaye 44-15'.